Texte : Alexandre Metzger - 21 août 2021

Hidden II : The Spawning

Mutation maladroite

Hidden II, réalisé sept ans après le film de Jack Sholder (presqu’une éternité), fait partie de ces suites qu’on pourrait juger inutile de prime abord, et en réalité malheureusement même après visionnage. Hidden I est un film qui avait eu les honneurs d’une sortie en salles obscures avec un succès d’estime et pu, grâce à la lucrative et glorieuse époque de la K7 VHS, devenir culte pour beaucoup de cinéphiles. En 1994, Hidden II est un pur rejeton de l’ère vidéo, sorti en “direct to video” par New Line, société alors réputée pour décliner jusqu’à plus soif des franchises à succès en tant que producteur ou distributeur (La série des Freddy, Massacre à la Tronçonneuse II…). Certaines suites voient ainsi leur budget réduit à peau de chagrin pour une prise de risque minimum, au détriment d’une qualité parfois douteuse. Exit donc le réalisateur et ses acteurs phares, remplacés par des inconnus bien plus économiques, Hidden II est le parfait exemple de cette politique interne au début des années 1990…

Hidden II, mauvaise idée ?

Même si Hidden I lui même avait puisé son inspiration dans plusieurs modèles du genre (The Thing, Terminator…), il possédait suffisamment d’idées intéressantes pour imaginer qu’une suite potentielle soit mise en chantier sur le même concept (la traque de la créature par un extraterrestre à l’apparence humaine, le look de l’entité belliqueuse, l’aspect politique…).
Hidden II démarre très mal ! Les quinze premières minutes reprennent la totalité du quart d’heure final de Hidden I, en l’agrémentant d’un élément de scénario qui va permettre de raconter la suite de l’histoire, mais c’est plutôt rare et pénible pour le souligner. Lorsque le film démarre vraiment, des intentions louables d’étendre l’univers créé sept ans plus tôt sont très vite palpables. De manière maladroite certes, à grands coups de clins d’œil au premier film (le chien, l’attrait pour les voitures…) et de dialogues philosophiques, déclamés par des acteurs loin d’être aussi charismatiques que Kyle MacLachlan ou Michael Nouri. La réalisation est très quelconque également. Faut-il pour autant bouder Hidden II ?

De bonnes idées bien cachées

Dans ces méandres scénaristiques, de belles idées apparaissent miraculeusement, cachées délicatement entre deux scènes types souvent déjà vues ailleurs (scène de boîte de nuit comme dans Robocop et Terminator, la prolifération comme dans Aliens ou The Thing). Le nouveau héros venu d’outre-espace, fraîchement débarqué sur Terre, bien plus candide que son prédécesseur, va découvrir les us et coutumes des humains et tomber amoureux de ce mode de vie si éloigné du sien. Il commence sa mission en gagnant la confiance de Juliet, la fille de Tom Beck. Quinze ans après les évènements terribles qu’a traversé le policier, elle est désormais devenue une jeune femme et ne voit plus son père. Méconnaissable, semblant physiquement rongé de l’intérieur, il a traqué pendant tout ce temps la créature afin de l’éradiquer, sans succès, jusqu’à en perdre la vie… En accédant aux investigations de Beck, Juliet et cet être venu d’ailleurs vont pouvoir avoir une chance de retrouver la trace de l’ignoble créature.

Dans ce corps qu’il a investi (nommé MacLachlan, joli hommage), il n’est en réalité qu’une énergie immatérielle, une entité qui ressent des émotions mais n’a aucune sensation physique. Sa découverte du goût, du toucher, de la fatigue sont l’occasion de scènes assez touchantes, et permettent d’en savoir plus sur l’origine de ces êtres lumière. Le réalisateur et scénariste développe ainsi le lien qui relie ces chasseurs et leurs proies, celles-ci n’étant nuls autres que des individus de la même espèce qui ont muté d’avoir trop goûté au plaisir d’occuper un corps et de ne plus vouloir quitter cet état physique. Comme toute dépendance, ici celle de la chair, le corps dont elles se nourrissent devient tel un cancer pour elles. Un concept assez puissant en réalité qui inverse le principe même de virus ou de maladie qui habituellement est source de destruction, de l’intérieur, pour l’être vivant… Pour MacLachlan, cette quête consciente de sensations et de sentiments évolue en amour envers la femme qui l’accompagne.

Hidd”end”

Des moments de grâce auxquels ne manquent parfois que le souffle ou la puissance d’un metteur en scène capable d’affirmer une vision, d’éviter certains poncifs et de trouver le bon équilibre. Mais rien n’y fait, Seth Pinsker clôture sa scène d’amour par un coucher de Soleil, s’embourbe dans des scènes parfois interminables, survole ses meilleures idées, étire laborieusement un scénario trop mince pour atteindre sa durée syndicale d’1h30. Il clôture le film par une magnifique citation issue du Livre des Livres de la planète lointaine : “La fleur sur la colline comme l’étranger en terre étrangère passe tel le vent”. Difficile d’imaginer ces êtres dénués de corps, cueillir une fleur, ou pire encore, lire ou tenir ce livre sans mains… Un sens caché peut-être ? Plus facile au contraire d’entrevoir qu’avec un peu plus d’ambition de la part du studio et un casting de techniciens et de comédiens plus prestigieux, cette suite de Hidden aurait pu devenir tout à fait honorable. Malgré une fin ouverte, elle signe un arrêt net de la saga qui semble bel et bien définitif…

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