Texte : Alexandre Metzger - 20 janvier 2024

Films sortis en 2024

Watch in progress

Nous sommes loin de pouvoir tout voir, et d’avoir tout vu, mais voilà les films de 2024 vus par notre équipe sur les écrans de cinéma (et parfois de télévision) et que nous avons envie de partager avec vous, ou pas.

 

AVRIL 2024

Nous, les Leroy


Affiche du film Nous, les LeroySandrine Leroy annonce à ses enfants et à son mari Christophe son désir de divorcer, après des années passées ensemble depuis le lycée. Celui-ci, déboussolé, leur propose de partir en week-end pour un périple vers les lieux emblématiques de leur vie. Un road trip en Land Rover, en bus ou à pied, qui fait la belle part à des gags souvent très drôles et à des scènes d’émotions touchantes. Premier long-métrage de Florent Bernard, Nous, les Leroy confirme son talent de scénariste et de dialoguiste (La Flamme, Le Flambeau). S’inspirant en partie de sa propre adolescence, la sincérité qui en dégage fait plaisir à voir. Jouant avec les codes du film de famille, invitant ses potes humoristes à faire partie de cette aventure pour des scènes souvent réussies, Florent Bernard n’évite pas certains écueils. Le film donne parfois l’impression de sketchs mis bout à bout, et si le rythme est plutôt soutenu sur la longueur, on aurait pu espérer une fin plus audacieuse. Mais le plaisir ressenti tout du long à travers cette famille en reconstruction reste. Après ce premier essai dans la comédie dramatique, il sera intéressant de voir la suite du parcours de FloBer vers le genre fantastique. Déjà à l’origine du scénario de l’efficace Vermines, le voilà entraîné, avec le réalisateur Sébastien Vaniček, dans l’aventure américaine pour un nouvel Evil Dead. Sorti le 10 avril 2024

MARS 2024

Immaculée


Affiche française du film ImmaculéePassée une introduction un peu racoleuse, Immaculée introduit Cecilia, une jeune religieuse américaine, arrivant en Italie pour rejoindre un couvent situé dans la campagne. Si l’accueil est plus ou moins chaleureux, elle prend rapidement ses marques et se fait des amies au sein de l’établissement. Mais des évènements inquiétants vont se produire, dont le plus incroyable va donner lieu à un véritable miracle: Cecilia va tomber enceinte. Suspiria, Rosemary’s Baby,… Immaculée est imprégné de « déjà vus » qui ne le handicapent pas forcément grâce à un travail soigné de l’image et une intention que l’on sent ambitieuse de la part de son réalisateur Michael Mohan et son actrice montante Sydney Sweeney (Along Came the Devil, Reality…). Fait rare, le film est tourné en italien, ce qui lui donne un charme indéniable. Tous deux ont déjà en commun une série TV teenage ainsi qu’un thriller (The Voyeurs). Cette nouvelle collaboration cumule un peu trop d’effets éculés, plombée par une intrigue qui n’évite pas le classicisme. Il reste tout de même quelques scènes marquantes où le gore s’invite divinement, et un impressionnant plan-séquence final qui à lui seul rehausse le film par son audace et son côté extrême. Sorti le 20 mars 2024

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant


Affiche française du film Vampire humaniste cherche suicidaire consentantPremier long-métrage de la scénariste canadienne Ariane Louis-Seize, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant est une belle gorgée de sang neuf dans le cinéma vampirique. A la fois teenage movie, comédie noire et drame familial, ce mélange de genres permet au film d’aborder des sujets autant légers qu’intimes, voire graves, et ce, de manière contemporaine. Il parvient à respecter les codes du genre tout en subtilités, et prend le temps de développer ses deux personnages principaux. L’adolescente Sasha (68 ans tout de même) déborde d’empathie qui empêche ses canines de vampire de pousser. Le jeune Paul n’a plus de raison de vivre dans un monde qu’il ne comprend pas. Le destin va les réunir et ensemble, ils vont faire un bout de chemin qui va les transformer, les rendre complémentaires et même, leur donner une certaine soif de vivre… Sorti le 20 mars 2024

The Sweet East


Affiche française du film The Sweet EastLillian, jeune lycéenne, fugue durant une sortie de classe à Washington. Echappée de son monde scolaire, elle va faire une première rencontre avec un inconnu, puis une deuxième, et se laisser entraîner dans un voyage à travers une Amérique qu’elle ne soupçonne pas encore. Road trip à la fois physique et mental, The Sweet East est un conte de fée qui mélange réalité et naïveté. Ce passage à l’âge adulte (et de l’autre coté du miroir) est l’occasion de nous rappeler la pluralité des Etats-Unis, source de créativité comme de violence, pays où les rêves autant que les cauchemars sont possibles. A travers les yeux de la jeune fille, pour qui chaque moment est une expérience, la poésie et l’espoir semblent imaginables. Forger son identité dans cette Amérique post Trump passe par l’échange, la confiance, l’ouverture aux autres. Même si l’horizon est sombre, que le monde entier devient un pâle reflet du pays de l’Oncle Sam, et que le milliardaire à mèche blonde prépare un come back en 2024, il n’est pas interdit de rêver à un monde meilleur. Sorti le 13 mars 2024

Il reste encore demain


Affiche française du film Il reste encore demain« Le phénomène italien aux 5 millions d’entrées ». Beau slogan pour un film certes plein d’humanité, au noir et blanc qui rappelle les comédies réalistes des années 1960, au sujet on ne peut plus actuel. Mais ses personnages sont caricaturaux, son style hésite entre comédie et drame sans affirmer haut et fort un véritable message engagé. Il en résulte un film lisse qui se veut trop populaire, trop consensuel, un peu sauvé par sa fin bien amenée qui fait regretter le manque d’audace sur le reste du métrage. Sorti le 13 mars 2024

La Salle des Profs


Affiche française du film La Salle des ProfsLes récentes propositions de films traitant du milieu scolaire ont pour la plupart pris le parti de la comédie ou de la comédie dramatique. Venu d’Allemagne, La Salle des Profs choisit une direction diamétralement opposée et embrasse la forme et les codes d’un thriller implacable. Dans ce collège, la politique de la tolérance zéro est de mise. Tandis que plusieurs vols ont été recensés, un élève est rapidement désigné comme l’auteur des faits suite à une fouille. Un peu hâtivement, car la méthode laisse à désirer et les preuves sont loin d’être convaincantes. La jeune professeure remplaçante Carla Nowak décide de mener l’enquête en usant d’une méthode discutable et va déclencher une situation qui va bouleverser tout l’établissement. Elle va se confronter tour à tour à ses collègues, à la hiérarchie, aux parents et aux élèves eux-mêmes, venant à douter de ses convictions. Un huis-clos brillant qui, à défaut de promouvoir l’école publique, nous livre une peinture de la société moderne accablant, régie par la rumeur et la mauvaise foi. Sorti le 6 mars 2024

FEVRIER 2024

Dune, deuxième partie


Dune 2 affiche française du filmLa première partie de Dune sortie à l’automne 2021 avait peiné à atteindre un score suffisant au box-office pour s’assurer d’une suite. A ce moment-là, l’univers imaginé par le romancier Frank Herbert était surtout connu par un lot d’initiés et par les amateurs de SF sérieuse. Entre temps, le film a trouvé le public qu’il méritait et étendu son lot de fans qui ont vu en l’adaptation de Denis Villeneuve une œuvre importante qui posait les bases d’une grande histoire universelle. Cette suite, dont on mesure déjà l’immense succès à travers le monde, semble conquérir les plus réticents. Paul Atréides poursuit son destin de sauveur d’Arrakis, guidé par sa foi en le peuple des Frémen, les menant vers la révolte. Les enjeux de pouvoir se précisent avec l’entrée en scène de l’Empereur et son rôle dans l’anéantissement de la Maison Atréides, sa collaboration secrète avec les Harkonnen et les Bene Gesserit. Dune deuxième partie se révèle, durant 2h45, un spectacle aussi virtuose visuellement que narrativement. Certains choix de Villeneuve peuvent parfois déconcerter mais ils traduisent une vision assurée et assumée du réalisateur, qui s’octroie des libertés dans la chronologie de certains évènements par rapport au roman ou l’abandon de certains personnages. L’essence du roman, ou plutôt sa savoureuse épice, infuse le long-métrage du début à la fin. A l’instar du premier volet, Dune 2 se termine sur une fin ouverte qui devrait confirmer la trilogie comme l’une des plus importantes de l’histoire du cinéma. Sorti le 28 février 2024

Universal Theory


Affiche française du film Universal TheoryAu début des années 1960, dans les Alpes suisses, un congrès de physique réunit les plus grands spécialistes venus du monde entier. Johannes, jeune étudiant, vient pour y présenter sa thèse, accompagné de son professeur qui semble loin d’être convaincu par ses recherches. Johannes va être confronté à une série de phénomènes troublants, comme la rencontre avec une jeune pianiste semblant connaître sa vie ou l’apparition de nuages étranges. Magnifiquement filmé en noir et blanc, Universal Theory est un voyage véritablement dépaysant dans le temps et dans l’esprit humain. Il déroute autant qu’il fascine à ouvrir des portes sans en livrer beaucoup de clés. Escroquerie ou grande œuvre, le film a le mérite de laisser chacun l’interpréter comme il le ressent, et c’est suffisamment rare au cinéma pour le juger trop vite. Malheureusement passé un peu inaperçu, Universal Therory aurait mérité plus d’égards, mais laisse augurer dans son multivers une belle carrière à son réalisateur allemand Timm Kröger. Sorti le 21 février 2024

Sans jamais nous connaître


Affiche française du film Sans jamais nous connaîtreAdam vit à Londres dans une tour moderne dans laquelle peu d’appartements sont occupés. Scénariste pour la télévision, il décide d’écrire sur sa jeunesse, période durant laquelle il perdit ses parents dans un terrible accident, alors qu’il n’avait que douze ans. En retournant dans la maison de son enfance, il va retrouver son père et sa mère au même âge qu’à l’époque, et tenter d’aborder les sujets et les non-dits qu’il porte lourdement en lui depuis lors. Parallèlement il fait la rencontre de Harry, un voisin avec lequel il noue une relation amoureuse et qui semble l’amener vers un avenir plus joyeux. Mais il va falloir qu’il surmonte ses traumatismes, la peur d’aimer, le refuge de la solitude… Sorti le jour de la Saint-Valentin, Sans jamais nous connaître est sans doute l’opposé de ce que pourrait attendre un jeune et innocent couple qui choisit le cinéma pour leur sortie en amoureux de l’année, mais il est tellement plus magnétique et profond qu’une romance rosâtre, tellement incarné par son casting, qu’il est bon de s’y perdre totalement, au risque de verser quelques larmes de tristesse plutôt que de bonheur… Sorti le 14 février 2024

Bob Marley: One Love


Affiche française du film Bob Marley: One Love
Le parti pris intéressant du film est de se focaliser sur une période cruciale de la vie de Bob Marley, à savoir le moment où la Jamaïque bascule dans une violence telle que la star locale évite de peu de se faire assassinat. Forcé de s’exiler, il atterrit à Londres où sa soif de justice, de paix et d’universalité va le pousser à surpasser son écriture et sa musique et engendrer la genèse de l’album Exodus. Mais le classicisme de la chose, ponctué de quelques flashbacks consensuels, et la performance plutôt timide de l’acteur principal, font de Bob Marley: One Love un biopic assez quelconque, à peine aidé par la BO sans surprises qui aligne les tubes du chanteur comme une compilation. Dommage d’offrir un hommage filmique peu ambitieux à ce personnage iconique et important du XXe siècle. Sorti le 14 février 2024

La Bête


Affiche du film La Bête de Bertrand BonelloAdaptation libre d’un roman d’Henry James, (La Bête dans la jungle), cette Bête pourra en fasciner certains par le mystère et le romantisme qui s’en dégagent. Les autres, dont votre serviteur, trouveront le temps long. Près de 2h30 terriblement longues où le temps passe d’une époque à une autre, voyant deux amants se retrouver par la magie d’une technologie futuriste. Dans ce monde où l’intelligence artificielle règne en maître et où les émotions ne sont plus utiles, Gabrielle parviendra-t-elle à ne plus éprouver de sentiments pour Louis? En réalité (non virtuelle), on finit par ne plus en avoir cure, car le sujet semble déjà daté après quelques minutes de projection. Le générique de fin et son idée de génie enterrent toute envie de comprendre où Bonello voulait nous emmener. C’est bête. Sorti le 7 février 2024

Daaaaaali !


Affiche française du film Daaaaaali! de Quentin DupieuxQuentin Dupieux poursuit à un rythme impressionnant l’exploration d’idées parfois loufoques, parfois barrées, et cette fois surréaliste. Pour son nouveau (pas très) long-métrage, il n’aurait pu trouver meilleur sujet pour embrasser ce style picturrrral que le célèbre peintre Salvador Dali. Il réalise un portrait décalé de l’artiste, usant de plusieurs comédiens (Edouard Baer, Jonathan Cohen…) pour l’interpréter avec l’extravagance. Dupieux nous plonge dans une boucle temporelle onirique, où l’on s’égare sans jamais se perdre, avec le flegme et la maîtrise qui le caractérisent. L’univers du réalisateur s’étoffe peu à peu pour continuer à ne ressembler à aucun autre, et même s’il n’en ressort pas toujours de grands films, chacune de ses œuvres possède une singularité indéniable dont il serait dommage de se priver. Sorti le 7 février 2024

JANVIER 2024

Amelia’s Children


Amelia's Children affiche française du filmOrphelin de naissance, Edward se voit un jour offrir par sa compagne Riley un cadeau qui va chambouler son existence et lui procurer un véritable passé. Un test ADN va lui révéler qu’il a en réalité un frère jumeau et une mère vivant au Portugal. Tous deux se rendent sur place et, une fois passée l’émotion des retrouvailles, vont devoir faire face à des situations d’abord gênantes puis véritablement glauques, au point de mettre en péril leur couple fusionnel. Si Amelia’s Children cumule quelques thématiques éculées (la gémellité, le vieillissement, les cauchemars), il possède un charme gothique indéniable à travers des personnages plutôt bien dessinés et une maison ancienne chargée de recoins et de souvenirs sombres à souhait. Un spectacle honorable, plus intéressant que la moyenne, mais qui ne marquera pas les esprits très longtemps après le générique. On lui préférera Abuela, plus ambitieux dans sa mise en scène et plus contemporain dans sa manière d’aborder des sujets de société délicats. Sorti le 31 janvier 2024

A Man


Affiche française du film japonais A ManRie, une jeune femme divorcée, vit avec sa mère et son fils, dans le deuil de son père et d’un autre enfant parti trop vite. Elle fait la rencontre d’un jeune et timide artiste, Daisuke, avec lequel elle va nouer une relation et reconstruire une famille. Ils se marient, et de leur union naît une fille. A peine deux ans plus tard, Daisuke meurt dans un tragique accident de travail. Lors des funérailles, elle découvre que son mari s’était présenté sous un faux nom. Elle fait appel à un avocat pour enquêter sur la véritable identité de l’homme qu’elle a aimé. Un mystère assez intriguant plane sur ce film qui aborde la quête de l’identité, le destin qu’on souhaite parfois changer pour des raison bien à soi, les origines de chacun. Des fils conducteurs qui fonctionnent un temps, mais qui s’emmêlent aussi, en usant d’une ou deux grosses ficelles qui réduisent un peu l’intérêt de l’intrigue et l’implication qu’on y projetait. Sorti le 31 janvier 2024

La Zone d’intérêt


Affiche française du film La Zone d'IntérêtRudolf Höss, sa femme Hedwig et leurs enfants vivent dans un petit paradis situé à Auschwitz en Pologne. Cette ravissante maison spacieuse, son jardin verdoyant et magnifiquement fleuri jouxtent un enfer où des actes innommables sont perpétrés dans une mécanique impitoyable. Père de famille exemplaire, il est surtout commandant du camp de la mort et promis à un bel avenir dans le IIIe Reich. Lorsqu’il est question pour lui d’être muté dans un autre camp, l’inquiétude de perdre ces privilèges naît dans le couple. Jonathan Glazer filme cette famille presque ordinaire sans mépris ni parti pris, comme pour mieux nous laisser mesurer la normalité qu’était devenu le processus d’extermination du peuple juif. L’ambiance sonore, la froideur de la mise en scène et quelques effets graphiques, plutôt que des images d’atrocités, suffisent à instaurer une atmosphère pesante. Il en résulte néanmoins un sentiment de flou envers la démarche radicale du réalisateur, qui fait confiance à notre connaissance de l’Histoire mais use de certains biais moins subtils pour faire passer ses intentions. Sorti le 31 janvier 2024

Iron Claw


Affiche française du film Iron ClawEstampillé « Inspiré d’une histoire vraie », Iron Claw aiguise d’abord la curiosité par son sujet assez rare à l’écran, le catch professionnel. Un sport qui pour certains n’est qu’une mascarade, où des brutes épaisses ne font que simuler coups et douleurs, mais qui pour beaucoup reste en réalité méconnu et mal compris. Dans les années 1980, quatre frères vont marquer la discipline, coachés par leur père autoritaire, ancien catcheur jamais titré. La complicité entre les frères laisse transparaître une famille heureuse, mais baignés dans un esprit permanent de compétition par le patriarche, leur vie va être une succession de frustration et de drames, perçus par eux comme une malédiction. L’aîné (Zac Efron, impressionnant), qui semble le plus robuste derrière sa carrure imposante, cache en réalité des failles évidentes. Dans cette décennie, le culte du corps et la puissance masculine vont être la vitrine de l’Amérique, et n’accorderont que peu de place à la création artistique et à l’expression des sentiments humains. L’ascension des frères Von Erich incarnait le rêve, mais leur chute laisse un goût terriblement amer. Car le show cette fois-ci n’aura pas fini en happy-end hollywoodienne.
Sorti le 24 janvier 2024

May December


Affiche française du film May DecemberElizabeth (Natalie Portman), célèbre actrice de télévision, vient passer quelques jours dans la demeure de Gracie (Julianne Moore), dont elle va incarner le personnage à l’écran. Le film doit retracer une période trouble de sa vie où elle fit la une de la presse à scandales. May December fait allusion à une relation entre deux personnes ayant un grande différence d’âge et s’inspire… de faits réels. Avec un sujet aussi délicat, Todd Haynes livre un film aux thématiques riches, où la vie réelle ressemble à une farce horrible, parfois bien plus que le cinéma qui cherche à s’approcher d’une certaine vérité. Les faux-semblants, les mensonges, les non-dits débordent de ce microcosme qui semble idyllique de prime abord. De la mise en scène à la performance des comédiens, c’est un sans faute impressionnant. Sorti le 24 janvier 2024

Pauvres Créatures


Affiche française du film Pauvres CréaturesDr Godwin Baxter, éminent chirurgien, confie un jour à un de ses élèves le soin d’étudier Bella, une jeune femme qu’il a miraculeusement ramené à la vie. Sorte de Docteur Frankenstein fasciné par sa créature, il la voit progresser de jour en jour, physiquement et intellectuellement. Bientôt un désir de liberté va naître en elle, puis une soif d’émancipation et de découverte qui va l’entraîner à travers le monde. Aidée par un avocat excentrique et charmeur, celle qui débutait sa nouvelle existence de manière naïve et candide va jouir à plus d’un titre de sa nouvelle condition et façonner son existence, purement et entièrement. Yórgos Lánthimos poursuit son exploration du genre humain et celle du couple en particulier mais, plutôt que d’opter pour la froideur et la cruauté qu’il affectionne, se permet des éclats de folie et un mélange de genres filmiques déroutant mais imparable. Ses comédiens sont lâchés dans un univers haut en couleurs (Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe) et s’en donnent à coeur joie pour dépeindre l’absurdité de l’humanité. Sorti le 17 janvier 2024

Les Chambres Rouges


Affiche du fil Les Chambres RougesVenu du Canada, Les Chambres Rouges démarre comme un film judiciaire qui augure de longs moments de plaidoiries. Dans la salle du tribunal, deux jeunes femmes, semblant étrangement fascinées par le présumé meurtrier, assistent au fil des jours au procès telles des groupies. L’homme, presque condamné d’avance, serait l’auteur de vidéos de meurtres de jeunes filles perpétrés dans une Red Room, lieu hautement interdit du dark web. De natures totalement opposées, les deux jeunes femmes vont pourtant se lier d’amitié et partager cette période intense où le doute, la fascination, les questionnements vont les pousser à sortir de leurs limites respectives. Le film se mue en réalité rapidement en un thriller inattendu qui voit son personnage principal, au départ jeune femme contemporaine très superficielle, ôter peu à peu son armure et révéler un déterminisme hors du commun. Sa quête d’un Graal numérique pour faire éclater la vérité passera par des chemins de traverses redoutables, où le poker et le bitcoins se montrent des alliés indispensables. Sorti le 17 janvier 2024

Godzilla Minus One


Affiche du film Godzilla Minus OneAvions-nous besoin d’un énième Godzilla? Depuis les années 1950 et l’œuvre originelle de Ishirô Honda, près de 40 films ont vu le jour avec le monstre nucléaire dans le rôle plus ou moins principal. Patrimoine japonais indéniable, le célèbre Kaiju est tristement passé du côté américain à plusieurs reprises, faisant néanmoins grandir encore sa popularité. Ce Minus One situe son action après la défaite nippone à la fin de la Seconde Guerre mondiale et parvient à transmettre un vrai propos moderne tout en conservant son intégrité. Le pays dévasté est en pleine reconstruction et à peine s’est-il relevé qu’il doit faire face à l’attaque de Godzilla. Le film, à travers des personnages bien sentis (le kamikaze qui a refusé son destin, la fille qui s’est improvisée mère…), est une critique ouverte du gouvernement et une ode au peuple solidaire et déterminé. Les scènes de destruction, malgré un budget limité qui dévoile quelques faiblesses dans certains effets spéciaux (loin d’être honteux), sont impressionnantes et ne cèdent pas à l’angélisme. Sorti initialement pendant 2 jours en décembre, il est reprogrammé seulement 15 jours ce mois-ci. Un choix audacieux de la part du distributeur qui a l’air de porter ses fruits. Ressorti le 17 janvier 2024

La Vie rêvée de Miss Fran


Affiche française du film La Vie rêvée de Miss FranLe titre américain du film est beaucoup moins trompeur. Sometimes I Think About Dying annonce une couleur bien plus sombre que le rose de l’affiche française et son air de comédie romantique. Fran est une jeune femme très réservée qui semble peu à l’aise avec les interactions sociales. Sa vie solitaire la fait passer de son travail de bureau, où elle fuit les discussions avec les collègues, à son domicile, qui révèle une sinistre normalité. Elle rêve quelques fois, mais sans être des cauchemars, les images dans sa tête sont peu réjouissantes. L’arrivée d’un nouveau collègue est l’occasion pour elle de sortir, un peu, de sa bulle. Mais ce ne sera pas sans quelques montagnes à franchir. Daisy Ridley parvient à faire oublier son rôle de Jedi et campe un personnage peu attrayant et loin d’être une héroïne glamour. Tout en délicatesse et dotée d’un travail élégant de photo, l’histoire de cette timide maladive est un bel hommage aux personnes qu’on ne voit pas, qu’on n’entend peu, qui ne font pas de bruit dans un monde qui en fait souvent trop, et qui voudrait juste parvenir à vivre un peu moins normalement… Sorti le 10 janvier 2024