Texte : Nicolai Laros - 31 octobre 2020

The Thing (2011)

Remake et préquelle

Dans ce film, il est question de ce qui s’est déroulé dans la base arctique norvégienne (et non pas suédoise, Snake !) avant les faits décrits dans The Thing réalisé en 1983 par John Carpenter.
Pour rappel, il y était question de l’horreur vécue par 12 hommes d’une mission scientifique qui se retrouvent être confrontés à un être qui n’a d’humain que l’apparence…
Leur survie dépendra de leur habilité à faire la part entre l’homme et la bête qui peut dès lors et à tout instant sommeiller en eux en attendant patiemment son heure…

Un curieux film que voici; la « préquelle-remake » d’un remake ayant fait date dans l’histoire du cinéma et des effets spéciaux de maquillage.
Un film vilipendé lors de sa sortie. Seuls arguments réels avancés : il ne soutient pas une seconde la comparaison avec l’original et les CGI (Computer Generated Imageries), qui remplacent les créations animatroniques, sont totalement ratés.
L’occasion pour nous de nous repencher un peu sur le film d’un metteur en scène qui n’a plus remis le couvert depuis, du moins sur grand écran…

Il faut admettre que l’idée même d’une suite au film de John Carpenter réalisé pour rappel en 1982 est une fausse bonne idée. En effet, outre l’apport immense de la science de la mise en scène de ce cinéaste de génie, le film repose sur une alchimie parfaite entre les acteurs, dont Kurt Russel et Keith David et une créature unique dans les annales. Créée par nul autre que le grand Rob Bottin, très inspiré par Dali et dont le travail sur le film constitue à ce jour son chef d’œuvre, le projet lui-même ne pouvait que laisser craindre le pire.

Pour remplacer Bottin, aux portés disparus depuis un certain temps déjà (merci à l’image de synthèse!), la production choisit très rapidement les duettistes Alec Gillis et Tom Woodruff d’ADI (Amalgamated Dynamics Inc.). D’anciens de l’atelier de feu Stan Winston, qui inclut d’ailleurs aussi dans sa filmo un certain… The Thing. Tiens, tiens…
Si on se focalise sur ce plan essentiel dans l’élaboration d’une suite à ce film clé et culte, force est de reconnaître que c’est un point de départ intéressant. Nos deux gaillards comptent bien entendu quelques Xénomorphes, et pas des moindres, dans leur créations ; il y a là notamment les épisodes 3 et 4 de cette saga matricielle, riche en créatures en tous genres, tout comme ses rip-offs (Leur reine Alien pour le naveton AvP reste une merveille!), Tremors, Starship Troopers… Bref, de quoi soudain se mettre à rêver.

Durant la pré-production du film du Hollandais Matthijs Van Heijningen (assistant de Dick Maas sur Amsterdamned en 1988, que le monde est petit!), leurs concepts enthousiasment absolument toute l’équipe. Le but avéré du metteur en scène étant d’utiliser principalement des SFX (diminutif phonétique de Special Effects) de maquillage traditionnels pour matérialiser la créature, et de ne recourir au numérique que pour effacer certaines parties de l’image.
Les premiers tests sont des plus concluants et l’approche de cette version « antérieure » de la chose proposent une gamme très large de métamorphoses, allant d’un corps qui laisse apparaître une gueule béante avec des mâchoires latérales jusqu’à la recréation des visages « fondus » qui ornaient fièrement certaines jaquettes de l’époque sans que cette création soit pour autant clairement visible.
Pour rappel, le film raconte l’histoire de la station norvégienne dans laquelle se rendent Kurt Russel et ses amis, et dans laquelle ces derniers vont de découverte en découverte: un homme calciné, un autre littéralement gelé, un bloc de glace ayant explosé, comme si quelque chose y avait trouvé refuge, et surtout non loin de là, un objet étrange qui ressemble à s‘y méprendre à un vaisseau spatial. Que s’est-il réellement passé? C’est ce que nous apprenons donc ici.

Toujours est-il que ce scénario de préquelle offre la possibilité de remaker par la même occasion, ou de montrer sous un autre angle, certaines situations qui ne nous sont pas inconnues. Et à la « chose » de s’afficher dans toute son horreur organique.
Alors qu’un premier montage est proposé pour les projections tests, et qu’il parvient surtout à convaincre ceux qui y étaient, la production décide de finalement remplacer les créations du studio ADI par des plans en image de synthèse. A l’écran, ce que découvrent les spectateurs au moment de la sortie du film est terrible.
Loin des effets old school annoncés et créés par les le binôme en question, les CGI pullulent, portent préjudice au côté organique de la chose et nuisent considérablement à l’impact des images par leur rendu « non-finalisé ». Que s’est-il donc passé?

Pour Tom Woodruff et Alec Gillis et si on en croit leurs dires dans le documentaire Le Complexe de Frankenstein, les producteurs jugeaient le rendu trop artificiel, annihilant par la même occasion des mois de travail pour ce qui devait être le chef d’œuvre d’ADI. Une expérience terriblement amère pour ces deux artistes dont on peut néanmoins encore admirer les fabuleux concepts et rendus sur la toile. Par ailleurs, ils exposent fièrement dans leurs ateliers le fruit de leur labeur.

Je ne saurais donc que trop vous conseiller de vous ruer sur ces images avant de visionner un film au demeurant très honnête malgré tout, notamment grâce à l’abattage de Joel Edgerton (Warrior) et surtout Mary Elizabeth Winstead (Black Christmas et Boulevard de la Mort). Ces personnages ont donc indéniablement l’épaisseur nécessaire afin de créer chez le spectateur l’empathie recherchée.
Niveau réalisation, l’approche à la fois respectueuse de l’univers du Carpenter et quelque peu adaptée à son contexte contemporain avec un climax plus porté sur l’action sont toujours en harmonie avec le sujet et renforcent l’immense plaisir de retrouver quasiment au plan près la scène qui ouvre donc logiquement l’original.
Pour peu que vous tentiez l’expérience à votre tour, vous aurez alors un aperçu très clair de l’impact des décisions à l’emporte-pièce sur une production qui n’avait décidément pas besoin de ça pour se faire encore plus d’ennemis…