Texte : Nicolai Laros - Illustration : Alexandre Metzger - 4 juillet 2020

Poltergeist III

Carol Anne de l’autre côté du miroir

Concernant la saga Poltergeist et donc la famille Freeling, l’histoire ne s’arrête pas là. D’abord parce que le succès relatif mais réel au box-office exige l’existence même d’un troisième volet, ensuite parce que ma curiosité était maintenant piquée à vif ! Comment aurait-il pu d’ailleurs en être autrement, vu l’énergie déployée par mon entourage pour me mettre cette idée absurde dans la tête : «  Les suites, c’est nul et basta ! » et de me devoir de me remettre tout d’abord des visions marquantes du 2. Quelle histoire !

Canal + m’en offre encore un peu plus

En effet, quelques mois seulement après avoir vu le film de Brian Gibson, Canal + diffusait déjà la seconde séquelle au métrage de Tobe Hooper. Comme on pouvait s’y attendre, les avis étaient cette fois-ci quasiment unanimes, de l’Écran Fantastique à Vendredi 13 (un sympathique mensuel de l’époque aux photos bien gooores) en passant par le tableau de cotation du Mad-Movies, un lieu que je fréquentais plus qu’assidument. Même mes proches connaissances s’y employaient pour me faire abandonner toute tentative de visionnage, bien qu’au final, un ou deux seulement l’avaient déjà vu… Et voilà, c’était reparti pour un tour: « Bon, aimer le 2, à la rigueur, mais le 3, c’est juste pas possible… ! Là j’te dis tout cash, tout est raté dans les grandes largeurs. Même, enfin SURTOUT les trucages, le seul point positif du précédent… t’imagine, la cata TOTALE! » – « Bon, puisque tu le dis ! » : là, c’est clair, j’étais prévenu… mais dans ma tête, je n’arrivais pas à faire taire cette petite voix, toujours fidèle au poste et liée à cette seule et même envie, à savoir renouveler toute forme d’expérience si soit disant «désastreuse ». Et même coûte que coûte, vaille que vaille! Une certaine idée du masochisme… Quand bien même il aura fallu renouveler une ou deux fois ma demande expresse, Fabien, fidèle au poste, finit par m’enregistrer « l’objet » en question, à savoir l’épisode final de la saga Poltergeist qui semblait donc bien arrivée à son point mort. Et tout ça en VHS, comme il se devait, époque oblige. Bien entendu, j’ai attendu et attendu… Je pouvais à peine contenir mon impatience… Surtout que l’hebdomadaire TV Télé 7 Jours avait quand même alloué deux jolis « 7 » (des évaluations en lieu et place d’étoiles, nom oblige bien sûr…) sur un maximum de trois à ce film réalisé cette fois-ci par Gary Sherman (Réincarnation, Vice Squad, Mort ou Vif avec Rutger Hauer)… Poltergeist III allait-il être enregistré à temps ? La vidéo allait-elle être de qualité ? Où même tout bonnement visible sur notre bon vieux lecteur secam si capricieux ?… La tension montait inlassablement, inexorablement : quel suspens !

Délit de sale gueule

Avant même son visionnage, je savais déjà de l’œuvre elle-même que son tournage avait été loin d’être une partie de plaisir pour l’équipe rassemblée pour l’occasion : la jeune Heather O’Rourke (Carol-Anne donc) avait en effet succombé à l’âge de 12 ans seulement à un arrêt cardio pulmonaire dû à la terrible maladie de Crohn. De ce fait, jamais à la traîne pour exploiter ces tragiques accidents de la vie à des fins bassement mercantiles, la presse d’alors s’était sans hésiter emparée de ces tristes accidents de la vie pour souligner le caractère « maléfique » des trois films, en écrivant notamment pour celui-ci que « Les esprits de l’au-delà avaient en tout état de cause fini par remporter là une victoire significative sur ces drôles de vivants acharnés à les combattre de pied ferme». Tout cela en parachevant de faire de la réputation de cet ultime épisode une sorte de point de non-retour si peu élogieux en terme de marketing morbide et de sensationnalisme facile ; une « malédiction » décidément bien tenace depuis 1982, si bien que toute l’équipe, qui s’en serait sans doute bien passée à l’époque, se retrouva irrémédiablement impactée durant le tournage… A commencer par le réalisateur Gary Sherman lui-même alors qu’il s’était à ce point lié d’amitié sur le tournage avec sa jeune actrice principale qu’il en était d’ailleurs, selon ses propres dires, arrivé au point de la considérer comme sa propre fille adoptive. Tous ces évènements ne pouvaient que jeter un linceul funèbre augurant une aura plus mortifère et plus prégnante que jamais planant sur ce troisième opus. Et de rendre par ce biais plus intrigante encore la destinée d’un personnage ayant depuis belle lurette acquis ses lettres de noblesse aux yeux de tout un clan d’irréductibles fans de frissons ectoplasmiques qui se respecte!

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