Texte : Nicolai Laros - 10 juillet 2020

Poltergeist I

Fantômes contre fantasmes… américains

Les tentatives de renouveler ce genre déjà bien encombré qu’est celui du film de « Maison Hantée » ne manquent pas, loin s’en faut; de La Falaise Mystérieuse jusqu’à The Lighthouse en passant par La Maison du Diable et autre Les Innocents, il a déjà généré quelques perles qui ont légitimement gagné au fil du temps leurs galons de classique indéboulonnable de l’épouvante, si ce n’est du cinéma en général.
En 1982, c’est au tour d’un des cinéastes les plus populaires mais également influents d’Hollywood de s’y frotter, le « Wonder Boy » lui-même : un certain Steven Spielberg.

Il rédige alors une sombre histoire de banlieue pavillonnaire américaine d’abord intitulé Night Time qui tombe en proie à d’étranges phénomènes et pose ainsi les bases de ce que deviendra le script de Poltergeist.
Pour info, il s’agit d’un terme d’origine allemande, construit à partir de «Poltern » qui signifie « tapage » et « Geist »/« Ghost/fantôme-esprit », donc littéralement « esprit frappeur »…
Ne pouvant assurer la mise en scène du film lui-même car travaillant d’arrache-pied à la suite des aventures d’Indiana Jones, il en confie les rênes à Tobe Hooper, un réalisateur surtout connu pour avoir défrayé la chronique avec sa peinture d’une famille de texans cannibales : Massacre à la Tronçonneuse.
A sa sortie au cinéma, le fruit de leur association fut couronné d’un grand succès public et salué par la presse en général, bien que certains s’interrogeaient déjà au sujet de la soi-disant nouveauté qu’apportait le film au genre.
Alors qu’il constitua lors de sa découverte une cruelle déception pour l’auteur de ces lignes, de l’eau a toutefois coulé sous les ponts depuis. Qu’en est-il donc aujourd’hui? Le public actuel a un peu réappris à savourer les plaisirs simples et par chance, c’est exactement ce que le film propose : des plaisirs simples, ni plus, ni moins. De son générique d’ouverture apparaissant sur fond de téléviseur crépitant balayé par la mire jusqu’à la toute fin de l’histoire avec celui-ci mis au ban de leur chambre d’hôtel, Poltergeist est un pur concentré de magie et de terreurs enfantines : ces dernières se mariant d’ailleurs souvent avec bonheur avec les débordements graphiques les plus frontaux (la scène de la peau du visage violemment arrachée, celle du bain macabre…), ce qui lui donne toute sa saveur. Car indéniablement, malgré quelques raccourcis scénaristiques un peu téléphonés (pourquoi l’attrait de Carol-Ann pour l’au-delà ne se manifeste-t-il pas encore clairement avant alors que la famille habite déjà sur place depuis la construction de la banlieue pavillonnaire?), « Spielby-Touch » et visions plus macabres à la Hooper se complètent plutôt brillamment lors des scènes-clés du métrage.
Certaines d’entre-elles font même preuve d’une efficacité redoutable (entre autre l’attaque du clown tout comme celle de l’arbre maléfique) et parviennent à imprégner à un film gigogne une identité bien à lui.
Même s’il n’est pas exempt de défauts, notamment lors de cette scène durant laquelle la chaîne humaine composée des Freeling va récupérer la petite fille dans un au-delà qui restera hors-champ ou même lors de son final un peu abrupt, Poltergeist premier du nom reste donc un film typique du cinéma du « Wonder Boy », et ce au sens noble du terme. Un petit classique donc, car il ne faut pas oublier que beaucoup de scènes proviennent en effet d’un autre classique du Septième Art, mais d’un « grand » cette fois-ci : Rencontres du Troisième type… d’un certain Steven Spielberg !