Texte : Nicolai Laros - Illustration : Alexandre Metzger - 5 janvier 2021

Amityville 3D

Alors que chacun connaît les caractéristiques de la terrible demeure au passé trouble, elle trouve en John Baxter, journaliste à sensation de son état, un nouveau propriétaire autrement plus coriace que les précédents ; en effet, fermement décidé à tirer au clair ce qui a bien pu s’y produire, il n’hésite pas à aborder sa présence sur les lieux de manière bien plus pragmatique.
Ce qui lui permet très rapidement de rationaliser bon nombre de phénomènes étranges, avant que les manifestations de plus en plus violentes de l’au-delà l’amènent malgré tout à devoir faire face à un drame terrible.

1983 aura décidément été l’année de la 3D. Avec notamment les Dents de la Mer 3D de Joe Alves et chroniquées en ces pages, le système des lunettes anaglyphes –au demeurant pas toujours très efficace- connaît un véritable essor.
Jamais en manque d’inspiration dès qu’il s’agit de proposer à son public une expérience « étonnante », Dino de Laurentiis table immédiatement sur le succès d’Amityville II, Le Possédé de Damiano Damiani lorsqu’il décide de produire ce nouvel épisode de la célèbre maison maudite.
Pour mettre toutes les chances de son côté, le producteur mégalo fait appel à un vétéran de la profession en la personne de Richard Fleischer.
Alors déjà âgé de près de 70 ans, ce vieux briscard accepte la commande : pour lui, outre le fait de saisir l’opportunité de se familiariser avec les conditions de tournage en 3D, il n’a absolument rien à perdre. En cas de succès, c’est même tout l’inverse qui pourrait se produire, lui qui se relève doucement de l’échec d’Ashanti avec Michael Caine en 1979.
Et pour regagner un peu de crédibilité après The Jazz Singer en 1980 avec Neil Diamond qui fut 5 fois nominé aux (stupides) Razzie Awards, rien de tel qu’une aventure filmique autrement plus balisée.
D’ailleurs, il n’est pas inutile de préciser que le script qui lui fut présenté par le scénariste anglais David Ambrose (DARYL, Le Survivant de l’Infini et Nimitz, Retour vers l’Enfer notamment) n’a rien de déshonorant.
Bien au contraire même car on y décèle immédiatement la volonté de l’auteur de s’amuser adroitement avec certains poncifs du sujet des maisons hantées. En atteste une scène d’introduction étonnante qui donne quelque peu le ton de l’entreprise. Alors que le précédent film traitait d’un cas antérieur au petit classique de Stuart Rosenberg pour en revenir à l’origine des évènements, de quoi peut bien traiter cet Amityville 3D ?
Sans trop en dévoiler, il peut être bon de savoir que le danger que peut présenter le lieu pour ses occupants est la raison première pour laquelle John Baxter (Tony Roberts) décide de s’y installer. Son objectif, outre le fait d’écrire un livre, est en effet de démontrer que si la maison possède bel et bien une part d’ombre, c’est avant tout l’influence humaine qui est à incriminer. Séparé depuis peu de sa femme, il veut prendre un nouveau départ et profiter du cadre idéal qu’offre Long Island. Sa collègue journaliste Melanie (Candy Clarke) a pourtant pris des photos à l’intérieur de la maison qui laissent clairement entrapercevoir un bien étrange visage. Peu réceptif à ses craintes, il invite sa fille Susan (Lori Loughlin) à venir emménager sur place, ne se doutant pas un instant du drame qui se profile à l’horizon.
Il est facile de lire entre les lignes de ce bref résumé que d’une certaine manière, Ambroise et Fleischer utilisent cette fois-ci le lieu comme une sorte de catalyseur pour expliquer l’origine du mal. Plutôt bien vu, d’autant plus que le casting du film (dont une toute jeune Meg Ryan dont c’est là seulement la quatrième apparition à l’écran) joue le jeu et se montre parfaitement à la hauteur. A commencer par Tony Roberts qui de Woody Allen (Comédie Erotique d’une Nuit d’Été, Stardust Memories, Annie Hall…) au petit monde du film d’épouvante parvient sans mal à rendre son personnage très crédible et attachant. Il en va de même pour Mandy Clarke (Epouvante sur New York, American Graffiti) et même la fade Tess Harper (Le Mystère Silkwood et le méconnu et pourtant brillant Flashpoint avec Kris Kristofferson) parvient à être convaincante voire touchante en épouse quelque peu dépassée par la situation.
En refusant de jouer la carte du suspense horrifique ou du malsain comme le firent ses prédécesseurs, le cinéaste prend le temps de planter son décor en accordant davantage son attention au fantastique teinté d’humour macabre.
Pour le coup, il se dégage du film une ambiance plus légère, même si celle-ci est régulièrement ponctuée de scènes efficaces (l’accident de voiture) voire tristement étranges comme celle d’une noyée qui revient hanter ses parents. Un moment totalement réussi et très original qui confère toute sa raison d’être à ce nouvel opus.
Il est d’ailleurs bon de signaler à tous ceux qui ont « malheureusement » à subir les horribles VHS d’époque et le DVD immonde de l’éditeur DVDY, tous recadrés en pan & scan (format image 1:33 en lieu et place du scope 2:35 d’origine), qu’il existe maintenant enfin une édition BluRay allemande avec la version 3D pour TV 3D ainsi que la version 3D anaglyphe d’époque! Ruez-vous dessus tant qu’il en est encore temps pour pouvoir vous faire une idée des préjudices terribles qu’avait pu subir ce film. Il n’avait d’ailleurs été annoncé en salle / sa sortie n’avait d’ailleurs été annoncée que pour 1986, soit trois ans après sa réalisation, pour finalement ne jamais atteindre nos salles obscures.
Injuste, d’autant plus que le résultat final peut aussi se targuer d’une 3D assez judicieusement (et parcimonieusement) employée: en grand professionnel qu’il est, Richard Fleischer a parfaitement su adapter sa mise en scène à un équipement très lourd (cf. chronique sur Les Dents de la Mer 3D) pour un rendu des plus agréables.
En termes d’horreur pure, même s’il lève quelque peu le pied par rapport aux débordements attendus dans ce genre de film, les maquillages de John Caglione et Doug Drexler (déjà en poste sur le II) sont convaincants même s’ils ne sont pas toujours judicieusement cadrés.
Rien de très grave au demeurant pour un film qui s’autorise dans ses dernières minutes explosives un hommage pour le moins sympathique à l’autre grand film de maison hantée sorti un an auparavant, à savoir le Poltergeist de Tobe Hooper. Avec l’équipe de scientifiques et la batterie d’écrans et de caméras qui envahissent la bicoque, le clin d’œil est suffisamment savoureux pour être signalé.
Une preuve supplémentaire que sans chercher à révolutionner le fond ni la forme, une œuvre de commande de la trempe de cet Amityville 3D produit dans de saines conditions en a bel et bien dans le ventre et que le cinéaste, à 67 ans, en démontre encore à toute la jeune génération de faiseurs d’épouvante en devenir!