Texte : Nicolai Laros - 9 juillet 2020

Amityville, la Maison du Diable

Si le thème des « maisons hantées » a déjà été abordé, notamment via Poltergeist, c’est tout simplement parce qu’il s’agit d’un thème récurrent du Septième Art. Je tiens toutefois à préciser que le film de Tobe Hooper n’entre pas tout à fait dans cette catégorie; en effet, il est beaucoup plus question dans Amityville, La Maison du Diable de demeure maudite que de fantômes récalcitrants vengeurs. Une différence notable qui permet de suite de situer les enjeux de ce nouveau film chroniqué ici.

Amityville, La Maison du Diable s’inscrit donc davantage dans la tradition de classiques comme La Maison du Diable de Robert Wise ou La maison des Damnés de John Hough. Pour être un peu plus précis, il profite alors également d’un engouement certain pour le genre fantastique généré par l’Exorciste de William Friedkin, sorti cinq ans auparavant avec le succès que l’on connaît.
Ici aussi, l’idée est que le mal quintessentiel réside en nous ou à nos côtés, dans notre quotidien le plus immédiat.
En cela, la mise en chantier du film ne repose pas sur une volonté d’innover mais plutôt d’exploiter une niche du fantastique, ce qui le distingue d’office de la production Spielberg en question.
Avec Samuel Z. Arkoff, vieux routier du genre, à la production, Stuart Rosenberg (Brubaker) à la réalisation et Margot Kidder (la Loïs Lane des Superman), James Brolin (Enfer Mécanique) et Rod Steiger devant ses caméras, le film réunit des vétérans de la profession autour d’un fait divers bien connu. Le public, friand de ce genre d’histoires, est toujours partant. Un succès préprogrammé de plus dans les tuyères? Tout cela tiendrait de la routine pure. Oui, mais.
Le film sent-il pour autant la naphtaline? A y regarder de plus près, et malgré son manque évident d’originalité, Amityville premier du nom a tout de même quelques belles cartouches et les utilise plutôt judicieusement tout au long de ses 119 minutes.
Tout d’abord, il y a le lieu même de l’action: située sur la presqu’île de Long Island, cette maison si étrange existe bel et bien (j’y étais !). Son histoire mouvementée n’empêche nullement le fait qu’elle soit toujours habitée et sa réputation fait même grincer des dents ses propriétaires qui aspirent tout de même à un peu plus de calme…
Toujours est-il que le lieu est vraiment impressionnant et que l’architecture si unique et étrange génère bel et bien un malaise palpable. Les fenêtres situées de part et d’autre du grenier, comme les yeux d’un visage, lui confèrent même une apparence « organique », vivante, assez sinistre. Une apparence qui tranche totalement sur la beauté des lieux environnants, mis en scène avec goût et sertie d’une photo automnale du plus bel effet.
Au niveau de l’interprétation, là aussi, difficile de ne pas succomber au charme de l’interprétation: le couple formé par Kidder et Brolin fonctionne rondement. La silhouette frêle de l’actrice tranche d’ailleurs si bien avec le physique puissant de l’interprète de son mari qu’on se prend même à frissonner d’angoisse lorsque ce dernier, sous l’emprise des forces du mal, se retourne progressivement contre sa femme: les plans durant lesquels il coupe frénétiquement du bois, la hache saillante, laissent entrevoir ce qu’il est à deux doigts de lui faire subir. Frissons garantis. Quant à Rod Steiger (Dans La Chaleur de la Nuit), il est comme à son habitude impeccable.
Il a beaucoup été reproché au film de n’être qu’une sorte de synthèse du genre, de n’avoir en définitive pas grand-chose à proposer. S’il est difficile d’aborder le film sous l’angle d’une quelconque originalité (il n’y en a pas), le grand professionnalisme dont font preuve tous les créatifs impliqués et un certain jusqu’au-boutisme au niveau du développement de l’intrigue (voir ce qu’il advient du prêtre…) en font tout de même un film solidement charpenté.
Mieux encore, grâce à certains passages réellement captivants tels l’achat des lieux par la famille Lutz, la découverte de l’origine du mal et l’apparition fantomatique derrière la fenêtre, c’est un métrage hautement recommandable.
Si l’on rajoute encore à tout cela un scénario et des dialogues solides, d’ailleurs dus à Sandor Stern, futur réalisateur du quatrième volet, l’amateur de frissons classiques (il n’y a à proprement parler pas de gore hormis un cauchemar bien gratiné et peu d’effets spéciaux autres que mécaniques) en aura bien pour son compte dans un film qui ne cherche jamais à être plus que ce qu’il est en réalité, du fantastique classique et carré.
Celui-ci passe d’ailleurs avec aplomb l’épreuve du temps, tant et si bien qu’en le redécouvrant avec la superbe image que nous propose le BluRay actuellement disponible, il n’est pas interdit d’y prendre plus de plaisir aujourd’hui qu’à l’époque, et de mieux comprendre les raisons de son énorme succès en salle.
Il y a des films comme ça qui, au fil du temps, un peu à la manière d’un bon vin, prennent ou reprennent des saveurs qu’on ne leur soupçonnait plus. C’est un peu le plaisir retrouvé des choses simples.
A noter également que ce film est le début d’une saga et autres déclinaisons quasi interminables qui connut en 2004 un remake fidèle sous la houlette de Michael Bay et de Platinium Dunes avec Ryan Reynolds dans le rôle principal.