Texte : Nicolai Laros - 3 février 2021

Psychose II

Dans les pas du Maître…

1960: « No one… And no one… will be admitted to the theater after the start of each performance of (…) Psycho!» nous prévenait alors en guise de mémo clair une affiche stratégiquement placée à l’entrée des cinémas qui programmaient le film d’Alfred Hitchcock. L’audience était prévenue! Et pour cause, car après d‘intenses négociations avec la MPAA (le comité de censure US) pour montrer le film tel qu’il l’avait imaginé, le maître du suspens estimait que manquer la moindre seconde de métrage pouvait être préjudiciable à la réception de son œuvre. En d’autres termes, le cinéaste s’inquiétait quand même un peu du succès potentiel de celle-ci, d’autant plus qu’il l’avait en partie financé lui-même.

Un coup de maître

Du coup, lorsque cette année-là, les salles de cinéma projettent les premières (mes-)aventures de Norman Bates à un public médusé, Hitchcock, bien soulagé, se doute bien qu’il vient de frapper à nouveau un coup d’éclat. De plus, l’un de ceux qui restent; son film ne définissait-il pas déjà ce qui ne tardera pas à s’imposer comme l’un des genres prédominant des années 70-80, à savoir le slasher. Mais ce qui préoccupe alors l’audience, c’est l’étonnante destinée de son personnage central.
Car Norman Bates, campé avec force conviction par un Anthony Perkins au jeu à la fois dérangeant et attachant, devenait illico par sa fragilité apparente l’une des figures les plus emblématiques du Septième Art, auquel ne succèderont donc que bien plus tard les Michael Myers (la saga Halloween) et autres Leatherface (la saga Massacre à la Tronçonneuse), dans un registre toutefois légèrement différent…
Toujours est-il qu’en 1960, un véritable personnage iconique, de surcroît un meurtrier, travesti, hanté par la voix de sa mère, s’impose avec fracas à l’écran. Un personnage ambigu, ambivalent, à la fois bourreau mais aussi victime en puissance des affres de son passé. Pour le cinéphile, Norman Bates devient immédiatement une méga-star à part entière, du jamais vu jusqu’alors au regard de son profil si chargé! Ce à quoi la nature trouble et troublante du sujet apporte bien sûr tout le sel nécessaire…
A la base de cette triste histoire d’enfant séquestré et manipulé jusqu’à la folie, un écrivain, Robert Bloch et un roman, Psycho. Ce dernier n’a jusqu’alors pas ou peu œuvré pour le cinéma et c’est à Joseph Stephano que revient l’honneur d’en rédiger l’adaptation pour le grand-écran. Bien entendu, toutes les mesures nécessaires seront prises afin de rester le plus fidèle possible au ton de l’auteur.
S’il en fut tout autrement pour un Joseph Stephano qui avoua sans détour sa déception face au résultat final, l’écrivain se déclara d’ailleurs bel et bien satisfait du traitement qu’avait réservé le cinéaste à sa création; suffisamment rare pour être souligné!
Bien entendu, les studios n’allaient pas tarder à revenir toquer à sa porte.

Universal ne suit plus Robert Bloch!

Le succès du film est effectivement tel qu’Universal songe dès lors à donner rapidement une suite aux déboires de Norman Bates, d’autant plus que le matériau de départ s’y prête plutôt bien… et Bates fait déjà largement partie de l’inconscient collectif. Toutefois, il ne faut pas oublier que ce dernier croupit alors encore en institut psychiatrique. La piste de réflexion retenue par le studio est qu’après avoir purgé sa peine pour les meurtres commis, que pourrait-il bien advenir de lui?
Une multitude de possibilités s’offrent alors à la production. Plutôt que de passer le flambeau à une cohorte de mercenaires, la Major songe d’abord à Robert Bloch. Bien sûr! Entretemps, celui-ci aura largement pu peaufiner ses connaissances en termes de scénario puisqu’il apportera au cinéma ses scripts de Strait Jacket (La Meurtrière Diabolique chez nous) et The Night Walker (Celui qui n’existait pas), tous deux réalisés par William Castle… Du coup, Bloch, qui avait déjà développé sa propre suite –rejetée par Universal- refuse la proposition de réécrire son script et se focalise dorénavant exclusivement sur l’adaptation de ses nouvelles, notamment pour les besoins d’Amicus; il signera donc pour la mythique rivale de la Hammer Films les scénarios de ses plus fameux films à sketchs, dont le fabuleux Asylum de Roy Ward Baker, et proposera au passage une version assez méconnue chez nous du Cabinet du Dr Caligari d’après le classique de Robert Wiene.
Mais de quoi était-il donc question chez Bloch ? En rupture de ton totale avec ce qui précède, l’écrivain n’y va pas par quatre chemins; il propose une histoire qui embraye directement sur les expériences vécues par Norman dans la clinique psychiatrique dans laquelle il est désormais enfermé à vie, ce alors qu’Hollywood s’intéresse de près à son histoire. Mais contrairement à celui du premier, l’écrivain y adopte un ton beaucoup plus ironique, à la limite du comique au vu du destin hors-pair d’un Norman Bates plus fou que jamais et ne manque pas de se heurter à ses commanditaires… pour qui la blague n’est, hélas, pas du meilleur goût! Au grand regret de son auteur qui quittera le navire en claquant la porte, désabusé qu’il était car convaincu d’avoir produit un scénario original et de qualité.
Exit donc Robert Bloch, et bienvenu… oui, bienvenu qui justement?
Dans pareil contexte, afin surtout de ne pas être voué à complètement disparaître sous l’ombre écrasante de La référence absolue en la matière qu’est le classique d’Hitchcock, encore fallait-il dénicher parmi les scénaristes et les scripts en vogue alors La perle rare. En l’occurrence quelqu’un d’assez inconscient et talentueux pour qui la rédaction de pareille suite n’allait pas paraître trop intimidante… et dont le travail allait de surcroît pouvoir tenir la dragée haute à l’original!
Afin d’atteindre cet objectif ambitieux sans s’embarrasser de négociations trop rudes pour obtenir gain de cause, le studio fait confiance au nouveau réalisateur engagé et se tourne donc vers quelqu’un à la fois plus docile et malléable pour l’écriture: il ne s’agit de nul autre que l’auteur du Class of 1984 de Mark L. Lester et des Entrailles de l’Enfer de Philippe Mora, tous deux réalisés la même année (1982), un certain Tom Holland.

Celui par qui le miracle se produisit

Si le nom de Tom Holland vous dit quelque chose, c’est bien naturel puisqu’il s’agit du réalisateur de deux des films les plus emblématiques des années 80 : Vampire vous avez dit Vampire ? en 1986 et Jeu d’enfant deux ans plus tard. Un homme, semble-t-il, qui adore le cinéma fantastique. Et surtout conscient de l’âpreté d‘une tâche qui vise donc à succéder à nul autre qu’à une pierre angulaire du cinéma d’Alfred Hitchcock, le Maître du Suspens, en personne. Fort heureusement, celui-ci va rapidement aborder ce projet risqué (et c’est peu de le dire !) de manière finalement très sensée.
Plutôt qu’une vaine tentative de «révolutionner» de l’intérieur la formule gagnante mise en place par Stefano et Bloch, c’est dans le genre même qui fait recette depuis un autre classique de l’époque, un certain Halloween de John Carpenter, qu’il va puiser une bonne partie de son inspiration première: le slasher.
Même s’il est autrement mieux charpenté pour ne pas totalement correspondre au genre, il va de soi que l’influence des récents succès en la matière a bel et bien eu un impact non négligeable sur le ton final de ce Psycho II.
L’idée peut à première vue paraître banale si on s’en tient à la qualité relativement médiocre affichée par certains représentants du genre. Comme dit, il serait néanmoins bien réducteur de la ramener à une banale formule réchauffée pour l’occasion, à savoir l’équation simple : un Tueur + arme blanche + meurtre”S” + lolos bien en évidence = gros succès préprogrammé au box-office!
Car il ne s’agit pas de sombrer ici dans le schématisme outrancier et de passer honteusement sous silence les indéniables qualités plastiques et d’écriture de ces véritables maître-étalons du genre que sont The House On Sorority Row de Mark Rosman réalisé un an auparavant ou un certain Curtains de George Ciupka en 1986.
Et c’est justement ce à quoi aspire Tom Holland : se baser sur le classique de 1960 et ainsi parvenir à construire une suite qui ne cherche pas à révolutionner le genre, donc fidèle au métrage auquel elle se raccorde tout en surfant sur un genre en vogue. Sensé, comme on vous le disait.
Et si chacun est bien entendu libre d’y voir une stratégie claire de studio de renflouer les caisses en jouant la carte de la sécurité, n’oublions toutefois pas que le projet en a d’emblée bien besoin; faute de quoi il risquerait de ternir la réputation de pareille Major tout en soulignant par la même occasion la totale vacuité de cette tentative risquée à plus d’un titre.
Sécurité, rentabilité. Certes. Mais aussi continuité. Bien entendu, il n’est absolument pas question de sortir ce brave Hitchcock de sa tombe… alors comment faire ?

Une équation impossible à résoudre en théorie… et pourtant si simple en pratique!

A la barre d’un projet de cette envergure, il fallait là aussi pouvoir s’en remettre à quelqu’un de fiable : quelqu’un qui comprend donc l’essence de son cinéma et qui comprenne parfaitement les enjeux de ce nouveau projet. Mais avant tout de responsable.
Réalisateur australien surtout connu du public pour avoir raflé en 1979 le Grand Prix au festival d’Avoriaz, les regards finissent donc par se porter sur son auteur, un certain Richard Franklin.
L’homme a fait ses armes à la télévision sur une série séminale australienne appelée Homicide (1970). Il y croise d’ailleurs le légendaire scénariste Everett De Roche avec qui il entamera une longue et prolifique collaboration de Patrick en passant par Roadgame jusqu’à ce Visitors en 2003, le dernier film avant son décès.
Cette expérience et le fait d’avoir été profondément marqué par le visionnage du Psycho d’Hitchcock en font le candidat idéal. En effet, son cinéma s’inscrit lui aussi volontiers dans cette veine du suspens qu’affectionne son maître à penser. Tant et si bien que de mauvaises langues prétendaient déjà à l’époque que le cinéma de Richard Franklin n’en était qu’une copie carbone doublée d’un penchant indéniable pour le côté complaisant de son art!
C’est emprunter, comme souvent, un raccourci hasardeux, surtout si l’on prend la peine de découvrir les véritables clés du cinéma de Franklin, beaucoup plus ancrées dans une solide tradition d’un cinéma australien qui a toujours su se démarquer avec brio.
Quant à ce sujet, il ne faudrait d’ailleurs pas systématiquement confondre totale compréhension liée à la parfaite intégration des codes hitchcockiens du suspens et hommage servile à ces seuls maîtres à penser. C’est d’ailleurs bien à ce niveau que le cinéma de ce réalisateur singulier tranche largement avec le tout-venant; jeter un coup d’œil avisé à son formidable Détour Mortel en 1981 avec Stacy Keach et Jamie Lee Curtis convaincra les plus réticents.
Bref, quoiqu’on en pense et quelle que soit sa position par rapport à ses réserves quant au fait de faire du neuf avec du vieux, l’homme est certainement le candidat le plus enclin à mener à bien l’entreprise.
Et cela ne se fera bien sûr pas sans quelques heureuses trouvailles!

Un tournage plutôt serein… mais sous haute surveillance

A l’entame du tournage, malgré le stress bien naturel éprouvé tant par le réalisateur que par son scénariste, tout se déroule sans fausse note; pas de problème majeur à déplorer (hormis quelques tensions entre Meg Tilly et Anthony Perkins pour cause de différends quant au traitement de la star…) et des prises de vue qui sont bouclées au bout d’un mois de travail rigoureux…et même agréable selon les dires de l’équipe.
Sous la direction avisée de cet ancien élève d’Alfred Hitchcock, les rushes filmés aux studios d’une Major qui avait réussi à préserver en extérieur 22 ans durant la façade de la fameuse demeure des Bates, apportent ainsi entière satisfaction à Franklin et aux pontes d’Universal. A cette occasion, seul le motel situé en contrebas de la bâtisse devait être entièrement reconstruit, ce qui ne posa aucun souci.
Le soin maniaque qui fut apporté à la création des décors autrement plus gothiques qu’en 1960 grâce à l’apport de la couleur-et ce jusque dans le moindre détail- est impressionnant. Un aspect essentiel pour Richard Franklin qui ne voit en cette demeure rien de moins que le véritable personnage central du métrage, à tel point de lui réserver -comme nous allons le voir plus bas- quelques fulgurances non négligeables figurant au menu du scénario.
S’il y avait via la couleur une certaine marge de manœuvre pour la faire “vivre”, le mot d’ordre de tous les créatifs à l’œuvre sur le film était « haute-fidélité »; A chaque pièce de ce puzzle à la fois architectural et mental de s’insérer harmonieusement les unes dans les autres afin de retrouver l’ambiance si spécifique de ce lieu presque hors-du temps. Comme pour l’accès aux salles en temps et en heure était essentiel pour Hitchcock, c’était de l’aveu du cinéaste le point déterminant pour situer l’action et ainsi garantir l’éventuel succès de cette suite.
Mais la principale interrogation était donc de savoir à quoi allait bien pouvoir ressembler le rendu visuel final. Et encore une fois, le choix judicieux de recourir au directeur de la photographie attitré de John Carpenter, à savoir l’immense Dean Cundey (Halloween, The Fog, New York 1997) pouvait à lui seul lever nombre de doutes quant au cap maintenu par toute la production: le film aura bien la finition la plus nuancée possible, à la fois en rendant justice à la patine monochromatique et quasi métallique (ndlr: le BluRay Universal de 2018 est un authentique régal à ce niveau) de John L. Russel pour l’original tout en s’évertuant donc à créer une ambiance gothique via un style qui n’appartient qu’à lui.
Et le résultat de tous ces efforts dépasse allègrement les espérances les plus folles: ainsi, ce côté funèbre, très cossu, très « maison de grand-mère » des nombreuses scènes d’intérieur contraste idéalement avec des extérieurs à la fois écrasés par le soleil diurne et joliment stylisés en nocturne, tous dignes de figurer dans une anthologie des travaux les plus représentatifs d’un chef opérateur de génie. Bref, du travail de haut standing qui ravit la production lors de l’avant-première… avant de subjuguer un public qui se déplacera finalement en masse.

La patte d’un réalisateur australien

Si Psychose II se distingue bien de son prédécesseur, c’est au niveau de son ton global parvenant parcimonieusement à manier l’ironie, souvent même de façon pince-sans rire et grinçante. Une valeur ajoutée bienvenue qu’affiche sans complexe le métrage; et qui lui sied d’ailleurs très bien même au vu de l’efficacité ainsi générée, le spectateur ne sachant jamais vraiment à quoi réellement s’attendre!
En effet, outre de nombreux plans signatures parmi lesquels Richard Franklin s’amuse à reproduire au cadrage près divers angles de prises de vues du Psycho originel, le ton de son film est un adroit mélange de sarcasme et de cruauté ; qui en effet croit réellement que malgré tout ce temps passé dans un institut spécialisé, Norman Bates (formidable Anthony Perkins, plus à l’aise encore que dans l’original) est vraiment devenu un homme « presque normal » et de surcroît « réhabilité»? Des doutes certes légitimes, mais sont-ils pour autant fondés?
Certainement pour Lila Crane (Vera Miles, qui reprend donc aussi son rôle), la sœur de Marion Crane que Norman avait assassinée lors du moment mythique du premier film, la fameuse scène de douche.
Qu’en pense quant à lui le shérif John Hunt (Hugh Gillin) ? Visiblement guère plus (d’idées), mais pas moins (de fatalisme). Il n’est cependant pas payé pour réfléchir, mais pour obéir à la justice, comme il le souligne lui-même ironiquement face à Lila Crane…
Quant à ce psychiatre bien méritant qu’est le Docteur Bill Raymond (Robert Loggia), il commence lui aussi à fomenter des doutes, et ce malgré toute la bonne volonté affichée par un homme avisé lors de tournées de contrôle routinières de plus en plus risquées.
Des doutes, des hypothèses, des tensions et des craintes… et la suite de l’histoire n’en sera que plus tortueuse. A commencer pour le pauvre spectateur, amené qu’il est à remettre sans cesse en question ses convictions les plus profondes. Profondes et impénétrables à l’image de ce marais sinistre, témoin des pires atrocités, qui stagne au-delà du domaine. A si machiavélique mise à nu de la nature troublante d’une « dead zone » insondable, qui s’étend du Bates Motel en particulier jusqu’à la propriété -sans oublier son propriétaire-, rien ni personne ne sera épargné!
Pour atteindre cet objectif ambitieux, de subtils clins d’œil apportent une touche profondément personnelle au métrage, comme par exemple cette loufoque et improbable apparition « post mortem» de Sir Alfred dans Psycho II: en effet, comment parvenir à le montrer au moins une fois durant le temps de projection? Un gag à la Sherlock Holmes, « so british » dans l’esprit…dont l’homme « à l’embonpoint apaisant » se montrait si friand: dans ses propres films, le facétieux cinéaste avait pour habitude de faire une apparition cocasse que tout spectateur qui se respecte se devait de déceler. Bien entendu, hors de question d’en faire ici l’impasse!
Et à cette facétie traditionnelle, Franklin décide de répondre par la malice. Et une malice d’autant plus réjouissante qu’elle ne repose pas sur une simple facilité de mise en scène (au hasard ; une apparition à la TV, par exemple), mais revêt un sens purement ironique: en effet, le spectateur attentif notera que lors de l’entrée de Norman Bates dans la chambre d’abord si sombre de sa mère (le plan est repris tel quel de l’original), la silhouette reconnaissable entre mille de Sir Alfred se découpe sur la bâche qui recouvre le mobilier à droite du plan. Et oui, à cinéaste australien idée de génie tout ce qu’il y a de plus signifiante : l’ombre d’Alfred Hitchcock plane bel et bien sur toute cette suite qui lui est, d’ailleurs, entièrement dédiée.

Un peu de magie cinématographique

Pour souligner la bizarrerie permanente dans laquelle baigne ce Psycho II, la production fait appel à un véritable magicien de l’image. Un homme capable grâce à son art d’apposer une signature inimitable et surréaliste au film. Il s’agit ni plus ni moins que de l’une des légendes vivantes en matière d’effets visuels… et surtout de Matte-paintings.
Assez curieusement, c’est d’ailleurs l’une des raisons principales pour lesquelles je me suis jeté sur le film à la première occasion. En effet, j’avais lu dans les revues spécialisées qu’un certain nombre de plans et de perspectives soulignant la nature « autre » de la personnalité du lieu et de son hôte inquiétant demandaient le recours à des techniques très particulières, à savoir celle du traveling-matte.
Un exemple ? Pour un angle de prise de vue impossible, un splendide matte-painting est ainsi créé pour simuler la façade avant de la demeure diabolique des Bates. En résulte un plan en plongée d’anthologie car le résultat renforce immédiatement l’ambiance oppressante de danger qui s’en dégage, notamment via le fait que la caméra semble être perchée dans un nuage bas survolant les lieux comme une épée de Damoclès… Effet « spécial » garanti »! Et vertiges également…
Du travail d’orfèvre. Et l’homme à qui l’on doit pareille réussite n’est nul autre que ce génie d’Albert Whitlock, oscarisé pour un certain Tremblement de Terre en 1974, avec notamment Charlton Heston.
Au-delà de la stylisation de ces instants visuellement si intriguants, c’est à tout un processus narratif qu’ils contribuent tout naturellement; Richard Franklin se met ainsi au diapason des technologies filmiques afin d’en tirer parcimonieusement une imagerie sans cesse à la limite du fantastique. Une question légitime se pose alors : Psycho II ne serait-il donc en réalité qu’un fantasme pelliculé? Si on s’en remet à l’étymologie du mot, qui va puiser dans celle de « fantôme », alors c’est assurément le cas. Et ce alors que leur nature même est métaphorique à plus d’un titre. Métaphorique, vraiment? Mais jusqu’à quel point?
C’est grâce à ce genre de questionnements que Psycho II parvient sans mal à se créer une identité propre, à développer de manière autrement plus personnelle l’univers mental toujours sur le fil du rasoir de Norman Bates. Une contribution toute personnelle du cinéaste qui sera honorée également dans l’épisode suivant, l’excellent Psychose III lui-même réalisé… par Norman Bates himself. Ironie, quand tu nous tiens…
Quant à ce sujet, il est bon aussi de rappeler à quel point le scénario fort habile de Tom Holland, qui passera donc, non sans succès, à la réalisation quelques années plus tard avec le cultissime mais un peu surestimé Vampire, Vous avez dit Vampire, développe subtilement et adroitement le personnage. Comment ? En inversant tout simplement la perspective victime-bourreau: ici, le pauvre Norman, en mettant tant de cœur à l’ouvrage pour prouver sa bonne volonté de réinsertion dans la société, se retrouvera bien malgré lui confronté à ses propres démons. Le rôle de persécuteur voire de prédateur, déjà largement nuancé dans l’original au vu de l’influence de l’éducation de sa mère, est grandement remis en question ici. On serait même tenté de dire que naît chez le spectateur via ce processus narratif une véritable forme d’empathie à l’encontre de ce personnage tragique, plus prononcée que jamais. D’où un certain malaise…ou un malaise certain!
Encore une fois, il ne s’agit pas de faire passer des vessies pour des lanternes. Tout se justifie naturellement, conférant à ce deuxième opus un ton doux amer, notamment lors de l’extraordinaire scène qui voit Mary (impeccable Meg Tilly) prendre Norman dans ses bras et lui caresser tendrement les cheveux…
Nimbé d’une étrange mélancolie, ce film au parfum d’inéluctable culmine en termes de suspense lors de son épilogue anthologique; ici tout le dispositif filmique mis en place prend toute sa dimension avec ce plan final iconique voyant une silhouette bien connue monter les marches de la maison des Bates.
Un moment totalement hors du temps qui, même s’il doit beaucoup -voire tout- au classique de 1960, aura bel et bien marqué ma rétine et ma cinéphilie au fer rouge pour l’éternité. Oui, c’est sans la moindre honte, sans fausse pudeur que j’avoue avoir été cueilli par cette suite. Oui, je l’attendais au tournant. Et oui, elle m’a finalement bien eu.
Car au-delà de l’œuvrette malhonnête d’une bande de faussaires singeant un chef-d’œuvre intemporel à laquelle je m’attendais, c’est in fine un film des plus marquants, véritable œuvre originale que j’ai pu découvrir. Et c’est bien là à mon sens le plus beau des compliments qu’on puisse lui faire. Ce que ne contredirait donc pas la propre fille du Maître du suspens… qui ne se priverait pas de rajouter: « No one… And no one… should be admitted to the theater after the start of each performance of (…) Psycho II

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